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Notre première rencontre, c'était le 23 janvier 2013 à Paris.
Notre premier contact ? Je vous raconte...


Comme des millions de personnes, je suis inscrite sur ce réseau social, incontournable sur le Net.
Je l’utilise pour faire connaître ma société, rester en contact avec ma famille, mes clients, des amis, et ceux qui souhaitent faire partie de mes contacts.
L’image que j’ai choisi de donner me correspond en partie sincèrement.
Mon côté « ange » s’exprime pleinement. Je publie des photos d’art, de nature, certaines citations.
Je réponds, partage avec un groupe très restreint de personnes, et ce malgré
plusieurs centaines « d’amis ».
Les liens se créent en fonction de centres d’intérêt communs.

À partir d’octobre 2012, Loïc est entré dans ce groupe de « libres penseurs ».
Quelques échanges sur des sujets de société, rien de plus.
J’ai donc visité sa page personnelle sur laquelle il n’y avait que très peu de photos.
J’ai commencé à lire ses écrits, traitant de sujets différents.
Sa manière particulière de s’exprimer m’a rapidement interpellée.
J’ai continué à lire les écrits de Loïc jusqu’à la date de sa demande de contact.

J’ai très vite assimilé qu’il fallait, dans ce flot de mots, lire « en diagonale », ne prendre que l’essentiel sans se soucier du superflu.
Je n’ai eu aucun mérite à comprendre, j’ai moi-même fonctionné comme cela à certains moments de ma vie.
Ses colères exprimées différemment étaient les mêmes que les miennes.
Un rejet de la société actuelle, de l’hypocrisie, des faux-semblants, des gens prétentieux dont le seul but est leur réussite personnelle.
Malgré mon empathie naturelle, je lisais Loïc avec mes codes personnels, sans pitié, sans compassion…simplement prendre les quelques phrases qui étaient importantes.
Je laissai un commentaire bref.
Avec le temps, j’ai appris que si on veut se faire comprendre, le mieux est d’être directe, de choisir ses mots.
J’aime les gens, les conversations sincères, celles du coeur.
C’est tellement rare de pouvoir dialoguer sans placer les barrières du « politiquement correct ».
La façon que Loïc avait de s’exprimer me faisait sourire.
J’avais l’impression de me retrouver 15 ans en arrière.
J’avais exprimé mes colères de la même manière.
C’était clair que Loïc utilisait FB comme exutoire.
Peu importait si les gens le lisaient, il fallait qu’il l’écrive.
Un paragraphe terminé, il passait à autre chose.
Le matin du 10 décembre, j’ai reçu une demande d’ami de Loïc que j’ai acceptée.
C’est donc en direct que je suivais ses actualités.
Je commentais toujours de la même manière.
Quelques mots sur l’essentiel exprimé.
Je lisais tout et ne retenais que quelques phrases.
Certaines avaient une véritable résonance en moi.
Bien entendu, on ne naît pas avec ce langage, cette vision de choses, de la vie.
Le chemin parcouru, et ce que nous avons retiré de chaque chose, fait ce que nous devenons.

Le 18 janvier, tout a basculé.
Ma mère, avec qui j’avais des relations très tendues, me téléphone.
La conversation, plutôt le monologue, prend très vite le ton de la colère.
Elle déverse ses reproches, comme à chaque fois.
Jusqu’alors j’écoutais sans rien dire, en attendant qu’elle se calme.
Tant que ses griefs ne concernaient que moi, ça ne m’atteignait pas.
J’avais l’habitude.
Ce jour-là, elle disait des horreurs sur mes enfants.
Le ton de ma voix est monté, je lui ai dit clairement que je ne la supportais plus, et j’ai raccroché.

J’ai décidé qu’à partir de cet instant, je me montrerai à tous telle que je suis dans mon entièreté.
Sur ma page FB, j’ai changé mon image de couverture pour y mettre une panthère tous crocs dehors, et

j’ai choisi comme photo de profil le dessin d’une femme mi-ange mi-démon.
Je ne pensais pas qu’elle aurait un impact aussi fort sur mes contacts.
Dans les cinq minutes suivantes, j’ai reçu des messages privés.
Certains s’inquiétaient, d’autres étaient attirés par ce côté démon.
Les commentaires sont arrivés très vite.

Loïc : « Ange et démon...Comme tout le monde, forcément les deux parfois en fonction de la situation. Comme disait l’autre : soyez sage mais pas trop dans certaines situations. »
Moi : « Eh oui… »
Laurence : « Un peu des deux pour un bon équilibre. »
Moi : « Euh… et pourquoi pas beaucoup des deux ? C’est un bon équilibre si on connaît ses limites. »
Laurence : « T’as raison, mais il y en a qui ont beaucoup de l’un et très peu de l’autre. »
Loïc : « Je cautionne et j’adhère Christine. »
Moi : « Ça ne m’étonne pas. »
Loïc m’a contactée en message privé.
Nous avons discuté de cette photo ange et démon, puis de notre manière de voir les gens, la vie.
Tout s’est enchaîné très vite.
Une heure de discussion à un rythme intense.
Le lendemain nous avons repris notre conversation.
Les mots, les phrases s’enchaînaient.
La même manière d’écrire, les mêmes codes de vie, le même langage.
Les pages de conversation défilaient. Par moments les phrases étaient les mêmes.
Il m’arrivait de ne plus savoir qui avait écrit.
J’étais obligée de me fier aux couleurs des bulles du dialogue pour le savoir.
Un autre moi.
Loïc était dans le même cas, il ne savait plus qui disait quoi.
Nous étions vraiment surpris de ce qui arrivait.
Nous n’avons jamais parlé de nos vies.
Je savais ce qu’il avait posté sur sa page, et qu’il était vraiment beaucoup plus jeune que moi.
Lui, ne connaissait rien de moi.
Nous n’arrêtions pas d’écrire.

Le 19 janvier au soir, j’avais besoin d’entendre sa voix, de lui parler.
J’ai franchi le pas. Je l’ai appelé.
Le fait d’entendre nos voix a provoqué un choc.
Les mêmes mots, les mêmes rires, et cette envie folle de ne plus raccrocher.
Pendant deux jours et deux nuits, nous avons alterné les messages et le téléphone.
Nous parlions de tout et de rien.
Nous nous endormions en écrivant et dès le réveil on reprenait contact.
Je ne sais plus quand nous avons abordé la question concernant nos âges.
Ça me gênait cette différence. J’avais des difficultés à intégrer ce paramètre.
Nous étions en conversation directe sur FB.
Il m’a demandé si cela me posait un problème.
La réponse immédiate a été oui.
Nous avons continué de discuter… Deux heures après, l’âge n’avait plus d’importance.

Le 21 janvier je suis allée acheter un téléphone tactile pour pouvoir se parler via
« VIBER » (permet de téléphoner gratuitement partout dans le monde).
À partir de ce moment, nous n’avons pas quitté le portable.
Le soir même, nous nous sommes endormis, épuisés, en parlant.
Magique cette impression d’être l’un à côté de l’autre.
Le 22 au matin, Loïc était déjà réveillé et avait appelé plusieurs fois.
Lorsque je l’ai recontacté, il m’a demandé de le rejoindre sur Paris.
Je savais qu’il allait me le demander.
C’était évident, il fallait que nous nous voyions.
Nous étions tombés amoureux l’un de l’autre en se parlant.

C’était tellement incroyable ce « copier-coller ».
J’ai pris un aller simple pour le 23 janvier le matin.
Cette dernière nuit avant mon départ, nous avons ressenti la même chose.
Une symbiose totale.
Le sommeil est venu presque sans que je ne m’en rende compte, le téléphone sur l’oreille, nos voix qui n’étaient plus que des chuchotements.
Une intimité certaine à 360 km l’un de l’autre… Magique…

Cette matinée passée dans le train, Loïc était déjà à la gare de notre rendez-vous, nous a fait découvrir des sensations jamais éprouvées.
Nos corps secoués de tremblements, des sueurs alors que la neige et le gel recouvraient les paysages, le souffle coupé et l’impossibilité de contrôler.
Ce n’était pas de l’angoisse, de la peur, Loïc et moi ne connaissons plus ces sentiments.
Un trop-plein d’émotions ?
Non.
Toutes les émotions que nous avions dû par la force absorber pour se protéger ressortaient.
Ce qui est certain, c’est que pour une fois, nous n’avions placé aucune barrière pour nous protéger.
Nous avions ouvert toutes les portes sans retenue.
Nous qui avons un instinct de survie très développé, nous nous sommes mis en danger pour nous rencontrer, pour savoir qui était cet autre.

Sur le quai, lorsque sa main s’est posée sur mon épaule, je me suis retournée lentement.
Si l’un de nous ne reconnaissait pas l’autre, je reprenais le train immédiatement.
Nous le savions tous les deux. C’était une certitude.
Quelques secondes passées les yeux dans les yeux, un sourire en même temps sur nos deux visages.

Oui, nous nous sommes reconnus… Sans jamais nous être vus.

Nous sommes sortis de la gare du Nord, main dans la main, sans parler, apaisés.
Avant de rentrer à l’appartement, nous sommes passés sur les Champs-Élysées en voiture, sans regarder quoi que ce soit.
Nous étions dans notre bulle.
Le monde qui nous entourait n’avait aucune importance.
Nous étions ensemble.
Ensemble…
Ce mot avec nos codes, nous en saisissions pleinement le privilège.
Cette solitude intellectuelle, compagne de toujours, était terminée.
Nous avions enfin déposé les armes.
Quel bien-être !
On ne naît pas avec ces codes particuliers, ce langage, cette vision des choses et des gens, ces règles de vie, cette faculté d’analyse rapide, ce respect des valeurs, ce dégoût de la société, de la trahison.
Tout ce que nous avions vécu jusqu’alors prenait tout son sens.
Nous n’avons aucun mérite.
Nous n’avons pas eu le choix.
Il fallait faire face pour survivre.
C’est ce que nous avons fait.
Nous ne sommes pas courageux, forts, nous avons dû affronter la réalité pour vivre, simplement vivre, refuser la fatalité.
Nous avons parlé de nos vies le premier soir.
Tout raconter comme pour fermer définitivement nos histoires.


(Extrait du Manuscrit déposé auprès de la SACD "Au bout du silence" en mars 2013)

Très bon dimanche à tous.

Merci pour vos messages sur notre page FB et notre blog.

Chris.

Christine et Loïc Trébern

Christine et Loïc Trébern

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