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Elle porte un manteau de marque, les cheveux relevés, un léger maquillage, elle lui sourit. Il est bien habillé, son visage est fatigué, il lui parle doucement.
Autour d'eux, sur le trottoir une dizaine de valises sont alignées.
Rien de bien extraordinaire !
Un couple d'une cinquantaine d'années qui semble attendre, un taxi peut-être...

Mon regard s'est attardé sur ce couple le temps que le feu passe au rouge.
Il dégage quelque chose de particulier...
De l'amour, aucun doute...et aussi de la peur.
Lui, il s'inquiète pour elle, ça se voit.
J'ai immédiatement pensé, ils viennent de se retrouver à la rue.
C'était le 17 janvier.

Nous sommes tous des funambules, et chacun de nous peut tomber...
il suffit que les maillons ne se mettent pas en place et la vie prend un autre
chemin.

3 février 11h.
Comme tous les 10 jours nous arrivons dans le quartier Montparnasse.
Toujours le même parcours pour faire cette injection dans la tête.
Toujours cette rue de Rennes que nous descendons en silence.
C'est devenu presque "banal" de se faire transpercer la tête.
Et pourtant depuis un mois, Loïc et moi savons que cette injection qui ne soigne pas, mais donne un peu de temps à la vie, ne fait déjà plus le même effet.

Le Professeur nous a prévenus : " l'accoutumance fait que dans quelques temps, il n'y aura plus de plan B et il ne faut pas oublier que l'on ne sait pas guérir ce qu'il a : le traitement médicamenteux et l'injection n'ont qu'un seul but, essayer de soulager ses douleurs continuelles.
Les douleurs sont de plus en plus violentes, le traitement atteint ses limites, et nous n'arrivons pas à éviter les situations de stress qui provoquent de la tension et augmentent l'intensité des crises ".


C'est vrai, c'est parfois compliqué de rester zen.

Le protocole de soins pour Loïc n'est pas établi, on avance dans l'inconnu.
Ce nerf touché lors de son agression est coincé dans un endroit inaccessible au niveau du cerveau, donc inopérable. C'est maintenant prouvé et écrit.
Cette pathologie ne rentre pas dans les cadres de la sécurité sociale, donc certains soins ne sont pas remboursés.
Vouloir vivre c'est un luxe.

On s'adapte à chaque fois que les paramètres changent, le problème c'est qu'ils n'arrêtent pas de changer.
(Nos revenus aussi baissent régulièrement. Loïc est en arrêt de longue maladie...encore un mois, et de -25%, ils passeront à 50%)

Et bientôt une questions cruciale va se poser...
Avoir un toit au dessus de la tête ou se soigner...
Il faudra choisir...

Nous avons remonté la rue de Rennes, pris le bus pour rentrer. Il n'y avait presque personne.
À quelques mètres de nous, un couple se tenait la main.
Lui portait un sac à dos et parlait doucement à sa femme qui lui souriait.
Elle avait un manteau de marque, les cheveux relevés, un léger maquillage.
Tous deux semblaient épuisés.
Dehors il faisait froid, il pleuvait... Dans le bus il faisait chaud.
C'était le 3 février.

Bonne semaine à vous tous.
Chris.

Nous sommes tous des funambules...

Nous sommes tous des funambules...

Tag(s) : #Nous